Un ex-agent de la CIA qui explose sur les réseaux sociaux

Un matin, la nièce de 16 ans de John Kiriakou l’appelle : « Tonton John, tu exploses sur TikTok. » Lui n’avait rien posté. Pas de compte TikTok, plutôt un fantôme sur Facebook. Mais des extraits d’un podcast enregistré en janvier avec Steven Bartlett sont partis en chaîne toute seule.

Qui est John Kiriakou ?

Ancien analyste et officier antiterroriste, il a travaillé pour la CIA de 1990 à 2004. Il a dirigé en 2002 l’opération qui a permis la capture d’Abu Zubaydah, un chef lié à al-Qaïda. Pendant la détention, la CIA a pratiqué la technique de l’eau. En 2007, Kiriakou a parlé des méthodes d’interrogatoire lors d’une interview publique.

En 2012 le ministère de la Justice l’a mis en cause. Il a finalement plaidé coupable pour avoir révélé le nom d’un agent clandestin aux journalistes. Il a purgé sa peine et a quitté la prison en 2015.

Pourquoi il veut un pardon

Il veut un pardon pour deux raisons claires :

  • Réparer sa réputation après vingt ans de service fédéral.
  • Récupérer sa pension : il dit avoir perdu 700 000 dollars de droits à la retraite et qu’un pardon est la seule voie pour retrouver cet argent.

La tactique : podcasts, clips et public jeune

Après des démarches officielles et des tentatives dans le « marché » de la clémence, Kiriakou a changé d’approche. Il a commencé à apparaître sur des émissions que Trump suit ou a fréquentées pendant la campagne de 2024. Ses interventions chez Tucker Carlson, Joe Rogan, Patrick Bet-David et d’autres ont été découpées, accélérées ou ralenties pour devenir des montages viraux.

Ces clips montrent des anecdotes incroyables sur des missions à l’étranger, des opérations au Pakistan et des réflexions sur les programmes secrets. Les montages « brainrot » plaisent beaucoup à la génération TikTok.

Ce que la viralité lui a apporté

  • Des millions de vues : un compte crédité pour populariser ces montages approche les 50 millions de vues.
  • Une nouvelle carrière commerciale : l’agence Creative Artists Agency l’a signé et la plateforme Cameo lui a permis de produire plus de 700 vidéos personnalisées, facturées autour de 150 dollars chacune.
  • Une visibilité auprès d’un public plus jeune, potentiellement influent pour sa cause.

La course au pardon : argent, intermédiaires et promesses

Kiriakou a déjà tenté la voie monétaire et les intermédiaires. En 2018 il a payé 50 000 dollars à une lobbyiste, avec la promesse de verser 50 000 supplémentaires si elle obtenait un pardon. Il affirme aussi qu’un proche de Rudy Giuliani lui aurait demandé deux millions de dollars ; il dit avoir refusé et être parti.

Depuis, la clémence présidentielle est devenue un secteur où l’influence et l’argent jouent un rôle évident. Les médias ont documenté l’existence d’un marché onéreux de demandes de grâce.

Les limites du système

Même si Trump a gracié ou commué de nombreuses peines, il y a des cas difficiles à résoudre. Par exemple, une personne condamnée au niveau de l’État ne peut pas être libérée par un pardon présidentiel au niveau fédéral. C’est un rappel que tous les chemins vers la clémence ne mènent pas au même résultat.

Réaction officielle et avis d’experts

La Maison-Blanche a refusé de commenter la demande de pardon de Kiriakou et rappelle que le président décide en dernier ressort des grâces et commutations.

Pour Daniel Kobil, professeur de droit spécialiste de la clémence, la stratégie de Kiriakou est « une brillante variation d’une vieille tactique » : construire un large soutien public, en particulier parmi une audience que Trump pourrait remarquer. Mais il reste réaliste : la route vers un pardon est longue et incertaine.

Et maintenant ?

Kiriakou dit qu’il va continuer. Il prévoit de revenir bientôt sur plusieurs émissions populaires et à entretenir la machine des clips viraux. Son pari est simple : multiplier les apparitions pour arriver jusqu’à Trump ou jusqu’à quelqu’un qui pourra peser pour lui.

La réussite de ce plan est loin d’être garantie, mais pour l’instant les jeunes internautes ont transformé un ancien agent de renseignement en star de leurs fils d’actualité. Et lui, il continue d’essayer de convertir cette célébrité en clémence.