Une fin de saison qui décide bien plus qu’un calendrier

La saison régulière de NBA touche à sa fin. Dans quelques semaines, la ligue nord-américaine de basket remettra ses principaux trophées individuels : meilleur défenseur, meilleure recrue, joueur ayant le plus progressé, joueur le plus décisif. Et surtout, le fameux trophée de MVP, c’est-à-dire le joueur le plus utile de la saison, censé récompenser le meilleur de tous.

Dans un championnat aussi dense et relevé, décrocher ce prix relève déjà de la petite prouesse. Ceux qui y parviennent restent souvent dans l’histoire comme des références absolues. Et contrairement à ce que certains aimeraient croire, ce trophée ne sert pas seulement à décorer une étagère ou à nourrir les conversations de bar. Il a aussi un effet concret sur la réputation, la carrière et, très simplement, sur les revenus d’un joueur.

Une règle censée éviter l’économie de minutes

La course à l’édition 2025 est particulièrement serrée. Elle est aussi compliquée par une règle ajoutée il y a quelques années pour pousser les équipes à faire jouer leurs stars plus souvent, même dans les rencontres moins spectaculaires. La ligue voulait moins de gestion prudente, plus de terrain. C’est noble en théorie. En pratique, le sport n’a pas toujours demandé l’avis du service juridique.

Depuis 2023, pour être éligible à un prix individuel, un joueur doit avoir disputé au moins 63 matchs en jouant 20 minutes ou plus, et au moins 2 autres matchs avec 15 minutes minimum, sur les 82 de la saison régulière. Cette exigence, décidée d’un commun accord entre la NBA et les joueurs, est jugée par beaucoup trop rigide et assez arbitraire. Une blessure de quelques semaines, même sans gravité extrême, peut suffire à faire sortir un candidat de la course.

Et c’est précisément ce qui se passe cette année. Il reste deux ou trois matchs à chaque équipe, et parmi les grands prétendants au titre de MVP, un seul remplit pour l’instant les conditions : Shai Gilgeous-Alexander. Nikola Jokić s’arrête à 63 matchs. Victor Wembanyama en est à 64. Luka Dončić, lui, est certain de ne pas aller au-delà de 64 à cause d’une blessure, même s’il compte faire appel.

D’où vient ce trophée, et qui le décide

Le premier titre de MVP en NBA a été attribué en 1956. À l’époque, ce sont les joueurs eux-mêmes qui votaient, avec une règle simple : impossible de voter pour soi ou pour un coéquipier. En 1981, la décision est passée aux journalistes, afin d’éviter que les joueurs ne se coordonnent, éventuellement par affinité nationale, pour écarter certains concurrents.

Aujourd’hui, le trophée est attribué par une centaine de journalistes américains et canadiens choisis par la NBA, sans que leur liste soit rendue publique. Chacun classe les cinq joueurs qu’il estime avoir signé la meilleure saison. Un système de points est ensuite appliqué : 10 points pour une première place, puis jusqu’à 1 point pour une cinquième. Le joueur qui totalise le plus de points repart avec le trophée.

Le problème, comme souvent dans le sport collectif, c’est que le vote ne coïncide pas toujours avec l’idée simple du mot « meilleur ». Un journaliste ne regarde pas seulement les chiffres ou la qualité technique brute. Il regarde aussi ce qui entoure le joueur : son équipe, son contexte, son histoire, sa place dans la saison. Bref, le récit. Ce petit détail qui, dans le journalisme sportif, prend parfois plus de place qu’un tir à trois points au buzzer.

Quand le récit pèse autant que les statistiques

Le débat n’est pas propre à la NBA. On le retrouve aussi quand il s’agit d’attribuer le Ballon d’or dans le football. Dans un sport d’équipe, isoler la performance individuelle reste toujours un exercice un peu bancal.

Que faut-il récompenser exactement ? Les performances pures ? Les performances au service de l’équipe ? Les résultats ou les actions spectaculaires ? La régularité ou un pic de forme exceptionnel ? Le joueur le plus efficace, ou celui qui fait le plus lever les foules ? Les votants sont censés trancher, mais la question les suit de très près.

Selon le journaliste Sam Quinn, de CBS Sports, le vote de 2011 en est un bon exemple. Derrick Rose a remporté le trophée devant LeBron James parce que son histoire parlait davantage. Rose était le jeune meneur explosif des Chicago Bulls, l’équipe de sa ville. James, lui, restait impopulaire auprès d’une partie du public après avoir quitté les Cleveland Cavaliers pour rejoindre les Miami Heat, une équipe plus riche et plus compétitive. Les statistiques, elles, n’avaient pas reçu le mémo.

Il arrive aussi que les votants se lassent de récompenser le même nom année après année. On appelle cela la fatigue du votant. Michael Jordan en a fait les frais en 1997. Après quatre trophées de MVP, dont les deux derniers, il a perdu face à Karl Malone. Malone était excellent, mais la comparaison statistique penchait légèrement en faveur de Jordan.

Jordan n’a pas eu à pleurer longtemps sur son sort. Il a remporté à nouveau le titre en 1998. Aujourd’hui, le trophée porte même son nom et son image. Comme quoi, le temps finit parfois par corriger ses hésitations.

Une règle trop dure pour un basket trop exigeant

Avec les années, les critères de sélection ont changé, tout comme le jeu lui-même et les statistiques disponibles. Le mot anglais « valuable » ne signifie pas simplement « meilleur ». Il renvoie à quelque chose de plus large : la valeur apportée, l’impact réel, la capacité à faire gagner sa équipe et à peser dans les moments importants.

La NBA n’a jamais donné une définition parfaitement nette de ce qu’un MVP doit être. En 2023, elle a donc ajouté le seuil des 65 matchs. L’idée était logique pour la ligue et pour les diffuseurs : les meilleurs joueurs devaient être plus souvent sur le parquet. Mais la règle a déjà montré ses limites. Elle est trop stricte et, en plus, elle n’apporte pas grand-chose dans les cas où elle prétend trancher un débat.

Avant 2023, peu de joueurs avaient de toute façon remporté le trophée avec moins de 65 matchs. Et surtout, le basket actuel est plus rapide, plus physique, et les blessures plus fréquentes. Demander à un joueur de tenir un niveau élite pendant 65 matchs sur 82, c’est déjà beaucoup. Exiger qu’il joue malgré une alerte physique pour passer de 64 à 65, c’est encore autre chose.

C’est exactement la situation de Wembanyama. Mardi, après 64 matchs, il s’est blessé aux côtes. Les San Antonio Spurs assurent que ce n’est rien de grave, mais son retour immédiat n’est pas garanti. Il lui manque encore vingt minutes de jeu pour rester en lice pour le MVP et pour le titre de meilleur défenseur, qui semble quasiment acquis pour lui.

Dončić a eu encore moins de chance. Sa saison régulière s’est arrêtée vendredi à 64 matchs à cause d’une blessure au biceps fémoral, plus sérieuse. Malgré des performances remarquables, au point d’être le meilleur marqueur moyen de la ligue, il ne peut plus concourir pour le MVP. Son agent a toutefois demandé une dérogation pour circonstances exceptionnelles, en faisant valoir que certaines absences étaient liées à des blessures ou à la naissance de sa fille. L’agent de Cade Cunningham, de Detroit, a présenté une demande similaire pour un joueur bloqué à 61 matchs après un affaissement pulmonaire.

Une fin de saison qui risque de laisser des traces

Au final, cette fin de saison NBA pourrait transformer les remises de prix en casse-tête, voire en petit désordre organisé. Et quand des trophées censés consacrer l’excellence commencent à dépendre d’une règle mal calibrée, ils finissent aussi par perdre un peu de leur valeur. Ce qui, au passage, n’aide ni les joueurs, ni la ligue, ni les gens chargés d’expliquer tout cela avec un visage sérieux.