Cap sur la Lune

Les quatre astronautes d’Artemis II ont franchi une étape majeure jeudi en mettant à feu le moteur de leur capsule Orion pour quitter l’orbite terrestre et prendre la direction de la Lune. Après cette manœuvre, la NASA s’engage dans le premier survol habité de la Lune depuis plus d’un demi-siècle. L’histoire aime les retours, visiblement, quand ils prennent dix jours et coûtent un peu plus cher qu’un billet aller-retour classique.

La poussée du moteur, suffisante pour faire passer une voiture immobile à vitesse d’autoroute en moins de trois secondes, a duré un peu moins de six minutes. Elle a lancé l’équipage sur une trajectoire de trois jours vers le satellite naturel de la Terre, qu’il doit contourner dans le cadre de cette mission Artemis II.

« Le moteur semble avoir bien fonctionné, nous sommes en train de confirmer », a indiqué le centre de contrôle de Houston.

Depuis l’orbite, l’astronaute Jeremy Hansen a assuré que l’équipage se portait bien : « L’équipage se sent plutôt bien ici, alors que nous nous dirigeons vers la Lune. L’humanité a de nouveau montré de quoi elle est capable. »

Une trajectoire sans retour immédiat

Cette manœuvre est intervenue un jour après le décollage impeccable, depuis le centre spatial Kennedy en Floride, de l’immense fusée orange et blanche Space Launch System, ou SLS, qui transportait Orion. Une fois la capsule lancée sur cette trajectoire dite de « retour libre », il n’y a plus vraiment de place pour le doute ni pour l’improvisation.

Ce type de trajectoire s’appuie sur la gravité lunaire pour faire contourner la Lune avant un retour vers la Terre sans propulsion. En cas de problème, les astronautes portent des combinaisons qui servent aussi de systèmes de survie. Si la cabine se dépressurise ou fuit, elles peuvent maintenir l’oxygène, la température et la pression adéquate pendant jusqu’à six jours.

Les premiers moments en espace ont surtout consisté en vérifications et en gestion de petits incidents sur la capsule, qui n’avait encore jamais transporté d’humains. L’équipage a notamment dû composer avec un problème de communication et des ennuis de toilette. La conquête spatiale conserve décidément son sens du détail.

Premières heures en orbite

Les astronautes, les Américains Reid Wiseman, Victor Glover et Christina Koch, ainsi que le Canadien Jeremy Hansen, ont aussi commencé leur deuxième journée de mission en écoutant Green Light de John Legend et Andre 3000, a indiqué la NASA. Une façon plutôt explicite d’annoncer le feu vert, au cas où la mise à feu de plusieurs centaines de tonnes ne suffirait pas.

Ils ont également effectué leur première séance d’exercice sur le dispositif de musculation à volant d’inertie de la capsule. Chaque membre de l’équipage doit consacrer 30 minutes par jour au sport afin de limiter la perte musculaire et osseuse provoquée par l’absence de gravité.

Une mission pleine de symboles

Artemis II doit durer 10 jours et préparer le terrain pour un alunissage prévu en 2028.

La mission accumule les premières historiques : elle doit envoyer pour la première fois une personne noire, une femme et un non-Américain dans une mission lunaire. Si tout se déroule comme prévu, l’équipage battra aussi un record de distance en s’éloignant de plus de 250 000 miles, soit 402 336 kilomètres, de la Terre.

Il s’agit aussi du premier vol habité de SLS, la nouvelle fusée lunaire de la NASA. Le lanceur a été conçu pour permettre aux États-Unis de revenir régulièrement sur la Lune, avec l’idée d’y installer une base permanente qui servirait de point d’appui à d’autres explorations.

Le programme devait initialement décoller en février, après des années de retard et des dépassements de coûts spectaculaires, du genre qui donnent des sueurs froides aux comptables comme aux ingénieurs. Mais une série de contretemps a repoussé le lancement et a même obligé à renvoyer la fusée dans son hangar pour réparation.

Une course lunaire qui ne dit pas son nom

L’investissement américain actuel dans la Lune est souvent présenté comme une réponse à la Chine, qui veut faire atterrir des humains sur la Lune d’ici 2030.

Lors d’un point presse après le lancement, Jared Isaacman, administrateur de la NASA, a déclaré que la concurrence était « un excellent moyen de mobiliser les ressources d’une nation ».

« La concurrence peut être une bonne chose », a-t-il ajouté. « Et nous avons certainement de la concurrence maintenant. »

Le programme Artemis a aussi été mis sous pression par Donald Trump, qui veut accélérer le calendrier afin que des astronautes marchent sur la surface lunaire avant la fin de son second mandat, début 2029. Mais l’objectif de 2028 pour un alunissage suscite des doutes chez certains experts, notamment parce que Washington compte largement sur les progrès technologiques du secteur privé.

La Terre, vue d’en haut

Au terme de leur conférence de presse, les membres de l’équipage sont revenus sur l’importance de la mission, l’adaptation à la vie dans l’espace et la vue « spectaculaire » de la Terre.

Reid Wiseman, commandant d’Artemis II, a décrit le moment où l’équipage a aperçu la Terre dans son ensemble : « On voit la planète entière, du pôle Nord au pôle Sud. On distingue l’Afrique, l’Europe et, si l’on regarde bien, les aurores boréales. C’était le moment le plus spectaculaire, et il a figé nous quatre sur place. »