Des réactions prudentes, mais un soulagement réel

Le ministère irakien des affaires étrangères a salué le cessez-le-feu, estimant qu’il « valorise cette évolution comme une étape qui contribuerait à réduire les tensions, à renforcer les chances de désescalade et à consolider la sécurité et la stabilité dans la région ».

L’Australie a elle aussi accueilli l’accord, en disant vouloir voir le cessez-le-feu respecté et le conflit résolu. Canberra a rappelé que la fermeture du détroit d’Hormuz par l’Iran, ainsi que les attaques contre des navires marchands et des infrastructures énergétiques, avaient secoué les marchés mondiaux. Elle a aussi appelé « toutes les parties » à respecter le droit international. Rien que ça, donc.

Le Pakistan, qui a mené les efforts pour parvenir à cet accord, s’est montré particulièrement optimiste. Le premier ministre Shehbaz Sharif a affirmé sur les réseaux sociaux que « les deux parties ont fait preuve d’une sagesse et d’une compréhension remarquables et sont restées engagées de manière constructive pour faire avancer la cause de la paix et de la stabilité ».

Une trêve annoncée, mais déjà bancale

Malgré ces déclarations, le cessez-le-feu semblait vaciller dès ses premières heures. Après l’annonce de la Maison Blanche selon laquelle Israël avait accepté la trêve, un responsable militaire israélien a déclaré à l’Associated Press que le pays poursuivait encore ses frappes contre l’Iran.

Israël et les Émirats arabes unis ont aussi averti tôt mercredi, heure locale, de l’arrivée de missiles. Autrement dit, la partie « cessez-le-feu » a commencé avec un sérieux déficit de calme.

L’accord est intervenu au moment même où le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, devait se rendre à la Maison Blanche mercredi. Des frappes américaines dévastatrices contre l’Iran auraient tendu l’atmosphère de la rencontre, au risque d’un sérieux accrochage avec des alliés européens qui ont refusé les demandes de Donald Trump de soutenir les attaques américaines.

À Washington, les doutes ne disparaissent pas

Sur le plan intérieur, l’accord de Trump a inquieté les faucons anti-Iran, dont le sénateur Lindsey Graham, républicain de Caroline du Sud. Il a multiplié les appels à un examen par le Congrès de l’accord, en disant se montrer « extrêmement prudent quant à ce qui relève du fait, de la fiction ou d’une présentation trompeuse ».

Nate Swanson, ancien responsable ayant négocié avec l’Iran pour le compte de l’administration Trump l’an dernier, a soutenu que l’engagement de Téhéran à garantir pendant deux semaines un passage sûr dans le détroit d’Hormuz montrait surtout un affaiblissement de la position américaine.

« Si l’on remonte deux mois en arrière et que l’on considère que le grand gain des États-Unis est l’ouverture du détroit d’Hormuz, c’est une aventure extrêmement mal pensée, et l’Iran est à bien des égards plus fort qu’avant », a-t-il estimé. « C’est plutôt sobre comme constat, mais on peut comprendre pourquoi le président a pris sa décision. »

Deux récits de victoire, une même zone d’ombre

La Maison Blanche, elle, a présenté mardi le cessez-le-feu comme une victoire. La porte-parole Karoline Leavitt a expliqué que « le succès de notre armée a créé un maximum de levier, permettant au président Trump et à l’équipe d’engager des négociations difficiles qui ont désormais ouvert la voie à une solution diplomatique et à une paix durable ».

Elle a ajouté que Donald Trump avait aussi « rouvert le détroit d’Hormuz ». Téhéran, de son côté, a immédiatement proposé une autre version des faits, utilisant l’occasion pour revendiquer une victoire sur les États-Unis. Peu après l’annonce du cessez-le-feu, les médias d’État iraniens ont décrit le mouvement comme un « retrait » de Trump, affirmant que le président américain avait « reculé ».

Après des semaines d’escalade, qui ont culminé mardi avec la menace de Donald Trump d’« effacement civilisationnel » en Iran, de nombreux alliés des États-Unis regardent désormais avec espoir vers ce que Shehbaz Sharif a appelé les « discussions d’Islamabad », prévues vendredi, pour mettre fin à plus d’un mois de guerre qui a bouleversé le Moyen-Orient.

Un dernier obstacle nommé Liban

Un communiqué du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, publié en soutien au cessez-le-feu, a toutefois laissé entendre que les négociations à venir ne seraient pas simples.

Alors que Shehbaz Sharif avait affirmé que le cessez-le-feu signifiait que les États-Unis et l’Iran, « avec leurs alliés, avaient accepté un cessez-le-feu immédiat partout, y compris au Liban », Netanyahu a donné la version inverse.

« Le cessez-le-feu de deux semaines n’inclut pas le Liban », a-t-il déclaré.

Cheyenne Haslett a contribué à ce reportage.