Un jeu qui prend son temps, et qui l’assume

Crimson Desert a plutôt bien été accueilli par la critique et par une bonne partie des joueurs, mais un point revient sans cesse dans les retours : il met du temps à démarrer. Selon Dinga Bakaba, directeur du studio Arkane Lyon, c’est justement là que le jeu trouve une partie de sa force.

Bakaba, qui a supervisé des jeux comme Dishonored 2 et Deathloop, a récemment partagé son avis sur Twitter à propos de l’engouement autour de Crimson Desert. Le constat n’est pas que tout le monde pense la même chose du jeu. L’accueil est loin d’être aussi unanime que pour des titres comme Clair Obscur: Expedition 33 ou Kingdom Come: Deliverance 2. En revanche, parmi ceux qui accrochent, beaucoup s’accordent à dire que l’aventure commence comme un long échauffement.

Quand la récompense arrive après l’effort

Bakaba explique que cette approche lui rappelle Kingdom Come: Deliverance 2. Selon lui, le jeu montre assez peu au départ de ce qu’il a vraiment en réserve : un système de combat très solide, une histoire émotionnellement forte et beaucoup de situations émergentes. Autrement dit, il faut accepter de passer par une phase moins accueillante avant d’atteindre ce qui fait sa valeur.

Il compare aussi cette montée en puissance à une autre forme de jeu, celle du plateau.

C’est un peu comme l’immersion particulière d’un jeu de société : au début, on voit surtout le plateau et les règles, puis on entre vraiment dans le cercle magique, et le plaisir démarre pour de bon.

Pour lui, c’est précisément à ce moment-là que Crimson Desert commence à sortir ses meilleures cartes. Le jeu ne balance pas tout d’un coup. Il continue plutôt à introduire de nouveaux éléments, à donner davantage de poids à ses systèmes et à les faire interagir entre eux. Bakaba souligne aussi que beaucoup de ces systèmes sont solides, intégrés de manière cohérente dans l’univers du jeu, avec parfois une liberté de ton assumée et un humour un peu idiot, mais bien calibré. Oui, visiblement, même le chaos a eu droit à un cahier des charges.

Une progression qui devient personnelle

Au final, Bakaba estime que tout cela se transforme en un parcours de joueur très singulier, qui va du simple fait de jouer à une forme de découverte plus profonde, presque intime. C’est sans doute, dit-il, ce qui rend l’investissement en temps si satisfaisant pour une partie du public.

Il ajoute qu’à une époque où tout pousse à consommer vite, un jeu qui accroche parce qu’il oppose de la résistance, et non parce qu’il cajole en permanence, peut sembler particulièrement rafraîchissant.

Il y a effectivement quelque chose de gratifiant dans l’idée de persévérer, de surmonter les exigences d’un jeu, puis de constater que l’effort débloque de nouvelles possibilités, de nouveaux objets ou des pans entiers du récit. Mais Crimson Desert continue de diviser. Pour certains, c’est un vrai trésor du monde ouvert, au point de rappeler ce que The Elder Scrolls: Oblivion avait pu représenter. Pour d’autres, l’effet produit est plus simple : l’envie de relancer Breath of the Wild.

Et pendant ce temps, certains joueurs sont encore bien loin d’en avoir fini avec la première zone. D’après les témoignages qui circulent, il est même possible de passer des dizaines d’heures dans le jeu sans quitter la région de départ. De quoi rappeler qu’un démarrage lent n’est pas forcément un défaut. Parfois, c’est juste une manière très têtue de vous demander un peu de patience.