Un tribunal fédéral à Washington a stoppé l'application d'une politique du Pentagone qui restreignait l'accès des journalistes au siège militaire. La décision, rendue vendredi, donne raison au New York Times et annule des éléments-clés de ces nouvelles règles.
Le cœur du litige
Le juge Paul Friedman a estimé que la politique empêchait illégalement la délivrance de cartes de presse aux journalistes qui avaient quitté le bâtiment plutôt que d'accepter les nouvelles conditions. Le Times avait attaqué le Pentagone et le secrétaire à la Défense en décembre, affirmant que la politique violait les droits constitutionnels à la liberté d'expression et au respect de la procédure.
Ce que dit le juge
Friedman a conclu que la politique ne donne pas de notice claire sur les pratiques journalistiques légitimes qui pourraient entraîner la révocation des accréditations. Pour lui, cela porte atteinte aux droits garantis par le Premier et le Cinquième Amendement.
Il a rappelé que les rédacteurs du Premier Amendement considéraient qu'une presse libre et un peuple informé renforcent la sécurité nationale, et il a ajouté qu'il ne fallait pas abandonner ce principe aujourd'hui.
Réactions du New York Times et de ses avocats
Le porte-parole du Times, Charlie Stadtlander, a salué la décision en disant qu'elle réaffirme les droits constitutionnels de la presse et le droit du public d'avoir une visibilité sur les actions du gouvernement et de l'armée financées par les impôts.
L'avocat Theodore Boutrous, qui représentait le Times, a qualifié le jugement de rejet puissant de la tentative du Pentagone d'entraver la liberté de la presse et la diffusion d'informations vitales pendant une période de conflit.
La défense du Pentagone
Le Pentagone n'a pas immédiatement commenté la décision. Dans ses écrits, il affirmait que la politique était une mesure de bon sens visant à protéger les informations liées à la sécurité nationale et à empêcher les personnes présentant un risque de sécurité d'accéder librement aux quartiers généraux militaires.
De son côté, l'équipe juridique du Times a soutenu que la mesure visait en réalité à faire taire les couvertures défavorables à l'administration du président.
Discrimination de point de vue et incohérences
Le juge a reconnu l'importance de protéger la sécurité nationale et les troupes, mais il a aussi noté que, surtout en période d'interventions comme l'incursion récente au Venezuela et le conflit en cours avec l'Iran, le public doit pouvoir accéder à des informations provenant de diverses perspectives.
Friedman a écrit que les preuves montrent que la politique semblait destinée à éliminer les journalistes « indésirables » pour les remplacer par des médias plus favorables, ce qui constitue une discrimination de point de vue illégale.
Il a aussi pointé des applications inégales de la règle. Par exemple, une personnalité proche de l'administration qui avait accepté la politique a pu promouvoir une « ligne de signalement », tandis que le Pentagone a estimé qu'une ligne similaire gérée par un grand quotidien ciblait le personnel militaire. Le juge n'a vu aucune différence significative entre les deux cas.
Conséquences immédiates
Le juge a refusé la demande du Pentagone de suspendre sa décision pendant une semaine en vue d'un appel. Il a ordonné la réintégration des accréditations de sept journalistes du Times et a annulé les termes contestés de la politique pour toutes les parties réglementées.
Le Pentagone dispose d'une semaine pour déposer un rapport écrit détaillant sa conformité avec l'ordonnance du tribunal.