Donald Trump a lancé une opération militaire baptisée « Operation Epic Fury » contre l'Iran avec des objectifs si flous qu'on pourrait les écrire sur un post-it et l'oublier. Au départ l'idée semblait être le grand classique « changement de régime », mais très vite le plan a muté en quelque chose de plus modeste: affaiblir les capacités militaires iraniennes.

Des frappes américaines et israéliennes ont causé morts et destructions sans renverser le gouvernement à Téhéran. Parmi les cibles figuraient même le guide suprême, Ali Khamenei, qui a été remplacé par son fils, une option que le président américain a qualifiée d'inacceptable.

Du grand projet au petit tour

Ce qui ressemblait à un engagement long et ambitieux s'est transformé en une « excursion à court terme » pour neutraliser des capacités militaires. Trump a dit qu'il avait déjà « gagné » tout en promettant encore plus de victoires. Traduction pratique: on lèche ses blessures et on réduit la voilure quand ça devient compliqué.

Le plan d'origine calqué sur la success story supposée de la décapitation d'un régime en Amérique latine n'a pas pris. L'Iran n'est pas le Venezuela. Oui, les deux exportent de l'énergie et ont des relations tendues avec Washington, mais la République islamique a des réserves idéologiques et institutionnelles qui résistent mieux aux chocs.

La facture économique arrive

Ce qui a vraiment forcé la main, ce sont les voyants rouges sur le tableau de bord économique: pétrole qui grimpe, marchés qui flanchent, chaînes d'approvisionnement trouées, inflation qui repart. Apparemment, la Maison-Blanche n'avait pas prévu que déclencher une guerre au Moyen-Orient ferait monter les prix et ralentirait la croissance. Surprise.

Face à ces dégâts financiers, la rhétorique guerrière s'est calmée. Un compromis tacite a émergé: continuez à réprimer les Iraniens si vous voulez, mais laissez le trafic dans le détroit d'Hormuz tranquille. Autrement dit, liberté et démocratie peuvent attendre, mais le pétrole ne doit pas être embêté.

Le grand gagnant? Poutine, avec un large sourire

Le principal bénéficiaire extérieur de cette pagaille est Vladimir Poutine. La hausse des prix de l'énergie aide l'économie russe. Pour fluidifier l'approvisionnement mondial, Washington a même accepté de lever certaines sanctions pour permettre à l'Inde d'acheter du pétrole russe. En prime, une pluie de missiles iraniens sur des alliés américains épuise des stocks de systèmes de défense que l'Ukraine aurait aussi bien aimé conserver.

Ce n'est pas que du bonheur pour Moscou. Si les drones iraniens sont nécessaires à domicile, la Russie n'en recevra pas. Et il y a une certaine humiliation à regarder un vieil allié se faire pilonner sans pouvoir grand-chose à faire.

Au final, la crise sert la doctrine géopolitique dangereuse suivante: si vous êtes grand, vous faites ce que vous voulez aux petits. Cela renforce la logique que la Russie a appliquée en Ukraine et trouve maintenant un écho en direction de Téhéran.

Pas la même chose qu'en Ukraine

Cela dit, il y a une différence évidente entre les cas. L'Ukraine est une démocratie agressée par un voisin autoritaire parce qu'elle a choisi sa propre voie commerciale et de sécurité. L'Iran est une dictature qui réprime sa population, assassine des opposants et exporte le terrorisme. Ces distinctions ont de l'importance, notamment pour contrer les tentatives de fausse équivalence morale.

Mais reconnaître la noirceur du régime iranien ne suffit pas à justifier une guerre immédiate et sans mandat légal. Il n'y a pas de preuve crédible d'une attaque iranienne « imminente » qui justifierait une telle riposte.

La position britannique: pas d'unité automatique

Sur le plan domestique au Royaume-Uni, Keir Starmer a refusé de participer à des frappes offensives. D'autres politiciens se sont montrés plus enthousiastes. Kemi Badenoch a paru prête à embarquer le pays dans un conflit sans fin, apparemment préoccupée surtout par l'idée de plaire à Trump. Nigel Farage, d'abord très chaud, a ensuite infléchi son discours au rythme de l'opinion publique.

L'argument pro-américain classique tient la route jusqu'à un certain point: oui, le Royaume-Uni a longtemps dépendu des États-Unis pour sa sécurité. Mais suivre aveuglément Washington, quelle que soit l'administration en place, suppose qu'il n'y a jamais de divergence d'intérêts ou de valeurs. Ce n'est pas crédible quand celui qui tient la Maison-Blanche affiche un jugement erratique et un mépris pour les alliances et le droit international.

Le vrai problème: l'ego présidentiel

Le style Trump mélange l'ego du président avec la sécurité et la prospérité nationales. Sa logique se résume à croire qu'un exercice de puissance militaire, sans contraintes légales et sans souci des conséquences économiques, rendra l'Amérique plus grande. C'est oublier que la puissance américaine repose sur des institutions, des alliances, la loi et une histoire d'ouverture économique et d'immigration.

La grande supercherie du projet MAGA est là: améliorer l'humeur d'un homme affaiblit la grandeur d'un pays. En confisquant le pouvoir, le président mine les fondations mêmes qui ont fait la force des États-Unis et abîme ses alliés.

Définir l'intérêt national britannique comme une loyauté inconditionnelle à la Maison-Blanche est absurde, surtout quand ce dont l'Amérique aurait le plus besoin serait un changement de régime à Washington.

Morale du jour: quand un leader transforme ses caprices personnels en politique étrangère, tout le monde paie la note. Surtout l'économie, la diplomatie et la crédibilité internationale.