Rupture publique autour du transfert FSD
Récemment, Tesla a enflammé sa base d'acheteurs en modifiant les conditions d'un cadeau alléchant. L'offre initiale promettait de transférer la version « à vie » du Full Self-Driving (autrefois achetable jusquà 15 000 dollars) vers tout nouveau véhicule acheté avant le 31 mars. Beaucoup ont tenté d'attraper la nouvelle offre en commandant un Cybertruck d'entrée de gamme annoncé à 59 990 dollars, une promotion que le patron a précisé ne durerait que dix jours.
Mais la petite ligne a changé. Tesla a précisé que le transfert ne serait possible que si la livraison du nouveau véhicule avait lieu avant le 31 mars. Avec les délais de production actuels, de nombreux acheteurs se sont retrouvés coincés : leur commande était enregistrée, mais la voiture arriverait trop tard pour bénéficier du transfert. L'option proposée par Tesla : annuler la livraison et récupérer le dépôt de 250 dollars.
La colère sur X et la fracture de la communauté
Sur X, la plateforme que Musk a rachetée, la réaction a été immédiate. Les messages d'indignation ont fusé, certains parlant de « manipulation ». Dans un milieu où l'enthousiasme pour la marque et pour Musk est souvent une seconde nature, les critiques sont perçues comme une trahison. Des comptes bien suivis ont montré leur colère, d'autres ont bloqué les voix dissidentes.
Cette polarisation n'est pas née d'hier. Beaucoup de supporters de Tesla sont aussi des investisseurs qui ont vu la valeur de l'action monter de façon spectaculaire ces dernières années, ce qui renforce l'identification personnelle à la réussite de l'entreprise. Pourtant, les promesses non tenues et certaines prises de position publiques du fondateur ont fini par créer des fissures.
Pourquoi certains influenceurs ont dit stop
La rupture n'arrivera pas de la même façon pour tout le monde. Pour certains, c'est l'accumulation de promesses techniques qui ne se réalisent pas. Pour d'autres, ce sont des déclarations publiques de Musk qui heurtent leurs convictions. Pour plusieurs figures de la communauté, quitter le cercle des fans n'a pas été une décision légère, mais plutôt le résultat d'un crescendo d'insatisfactions.
Earl Banning - du fan numéro un au critique mesuré
Earl Banning, psychologue d'Anchorage, a rejoint Twitter en 2018 pour suivre Musk après l'achat de sa première Tesla. Il a rapidement gagné des followers après une démonstration de la fonction Summon, retweetée par le compte officiel et par Musk lui-même. Il a participé à l'ambiance communautaire, organisé des « Frunk Puppy Friday » et assisté à des rencontres entre propriétaires.
Mais des prises de position publiques de Musk pendant la pandémie et l'expérience directe de Banning avec la version bêta du FSD ont entamé sa confiance. Il raconte des manœuvres dangereuses du logiciel, comme une trajectoire vers une borne d'incendie ou une sortie soudaine sur un trottoir. Ses doutes exprimés publiquement lui ont coûté des abonnés et des amitiés.
Le point de rupture est survenu en décembre 2022 lors d'une discussion en direct avec Musk. Banning a expliqué en quoi certains propos pouvaient blesser sa famille. Sa remarque a été écartée, et il s'est senti trahi. Il critique aujourd'hui certains comportements de la communauté, sans pour autant détester sa voiture. Il continue d'aimer son Model X.
Jilianne - la livestreameuse qui filme les ratés
À Los Angeles, Jilianne a documenté plus de 170 heures d'essais FSD en direct devant une audience de plusieurs milliers de personnes. Elle possède un Model X puis un Model S Plaid acheté en 2022 pour environ 119 000 dollars. Elle aime ses véhicules, mais elle juge que le FSD n'est pas à la hauteur de la publicité.
Ses vidéos montrant des bugs et des comportements instables ont séparé son ancien cercle d'amis et certains abonnés l'ont accusée d'ingratitude. Elle a été bloquée par des défenseurs inconditionnels. Jilianne a toutefois gardé un ton pratique et parfois joueur : elle a mis en scène un autocollant « Jai acheté cette voiture avant qu'Elon ne déraille » pour provoquer les réactions, sans jamais abîmer son véhicule.
Elle a aussi choisi d'acheter un Ford Bronco plutôt qu'un Cybertruck, une décision qui a attisé la colère de certains fans. Aujourd'hui, sa communauté en ligne est davantage composée de propriétaires qui partagent ses doutes sur la direction prise par Tesla.
Dan O'Dowd - le lanceur d'alerte méthodique
Dan O'Dowd, entrepreneur technologique et fondateur de Green Hills Software, a lui aussi été un grand admirateur des premiers temps. Propriétaire de deux Roadsters et d'une Model S, il a observé les promesses répétées d'une conduite entièrement autonome et les annonces de produits qui ne sortaient jamais.
À partir de 2020, après avoir analysé de nombreuses vidéos du FSD, il a estimé que le système n'était pas sûr. En 2021, il a fondé la Dawn Project pour s'opposer à l'utilisation de logiciels défectueux dans des systèmes critiques pour la sécurité. L'organisation a diffusé des messages forts, y compris des publicités montrant des scénarios dangereux durant de grands événements télévisés.
Les partisans de Tesla ont souvent accusé O'Dowd de mauvaises intentions. Il a répondu qu'il s'attendait à des attaques, mais qu'il continuerait à publier des exemples de défaillances et à rappeler les promesses non tenues, comme la production massive de robots ou le déploiement de robotaxis aux dates annoncées. Il reste toutefois attaché à sa Model S.
Ce qui change dans l'écosystème Tesla
Ces départs et ces critiques montrables indiquent que la communauté Tesla n'est plus hermétique. Certains influents se sont éloignés, d'autres restent aveuglément pro. Le résultat est une communauté plus fragmentée, où des coalitions de propriétaires critiques gagnent en visibilité.
Pour beaucoup de ces dissidents, la motivation n'est pas de dénigrer les voitures. C'est de rappeler que la sécurité, la transparence et les promesses techniques doivent être prises au sérieux, même quand la marque en question a changé la donne du marché automobile.
Conclusion
La relation entre Tesla, ses clients et ses influenceurs évolue. Des personnes qui ont longtemps défendu la marque remettent aujourd'hui certaines affirmations en question. Ils gardent souvent leur affection pour leurs véhicules, mais ils estiment que l'entreprise doit être tenue responsable quand des engagements importants restent lettre morte ou quand des fonctionnalités vendues comme matures posent des risques.
La scène Tesla devient plus disputée. Pour les lecteurs, cela signifie plus d'informations issues de voix diverses. Pour Tesla, cela signifie que la loyauté n'est plus automatique.