Un goût amer de répétition
Pour beaucoup d'anciens combattants qui ont servi en Irak et en Afghanistan, la situation actuelle avec l'Iran ressemble à un mauvais remake. Après des années de déploiements, de blessures visibles et invisibles, et de sacrifices, ils ont l'impression que les mêmes scénarios se rejouent, comme si leçon après leçon avait été oubliée.
« On nous utilise comme des pions »
Brandon Waithe, ex‑sergent‑major de l'aviation, est très clair. Selon lui, le gouvernement « utilise » trop souvent les militaires sans vouloir assumer les conséquences. Ce sentiment revient chez plusieurs vétérans : pourquoi risquer des vies quand l'objectif stratégique reste flou?
La génération post‑11‑Septembre porte encore le poids d'années de conflit : plus de 7 000 soldats sont morts au cours des campagnes en Irak et Afghanistan, certaines victimes dues à des armes soutenues par l'Iran et à des groupes insurgés. Les troupes américaines se sont retirées d'Afghanistan en 2021, et les Talibans sont rapidement revenus au pouvoir. Les séquelles, selon certains, incluent des années de chaos, de pertes humaines et d'un terrorisme qui se propageait.
Du scepticisme en lieu et place de l'enthousiasme
Jason Dempsey, ancien officier d'infanterie, note que sa génération de vétérans est plus prudente vis‑à‑vis de l'usage de la force que celle de l'époque du Vietnam. Au lieu d'un patriotisme aveugle, il y a de la mélancolie et une certaine déception. Maggie Seymour, ancienne des Marines, a résumé sa réaction aux frappes récentes contre l'Iran par une exclamation brutale, mais compréhensible : « Vraiment ? »
Keegan Evans, pilote d'hélicoptère pendant la guerre en Irak, rappelle l'élément le plus concret et le plus dur à avaler : des personnes meurent. Sons, filles, frères, pères, ne reviennent pas toujours. Et la question légitime demeure : pourquoi ?
La force sans stratégie, ça finit mal
Plusieurs vétérans insistent sur un point essentiel : les frappes ponctuelles et la « puissance de feu » ne remplacent pas la diplomatie et la planification à long terme. Phil Klay, ancien du Corps des Marines, souligne que les interventions de ces vingt dernières années n'ont pas toujours apporté les résultats promis. Chris Purdy, ingénieur de combat, va jusqu'à dire que la planification actuelle semble impulsive, comparable à un groupe d'enfants qui jouent au football sans règle.
Maggie Seymour rappelle que de nombreuses opérations passées ont été mal conçues ou mal exécutées, et que répéter ce modèle est inquiétant.
Des voix variées, mais une inquiétude commune
La communauté des vétérans n'est pas homogène. Certains responsables de haut rang au gouvernement ont servi en Irak et en Afghanistan, ce qui complexifie le tableau. Pourtant, pour beaucoup d'anciens, le rappel le plus dur reste de regarder en arrière et de constater combien ces deux décennies de guerre ont été confuses et douloureuses.
Jackie Schneider, qui a servi dans l'aviation, se souvient s'être engagée en 2001 avec un sentiment de mission claire. Aujourd'hui, elle et d'autres vétérans peinent à dire si les objectifs initiaux ont vraiment été atteints. Ce vide de sens est, pour eux, profondément déstabilisant.
Les chiffres et la crainte d'une escalade
Les victimes s'additionnent déjà : plus de 1 000 personnes ont été tuées en Iran depuis le début des hostilités récentes, et sept soldats américains ont perdu la vie. Ces pertes renforcent la peur chez les anciens combattants que le nombre de victimes continue d'augmenter sans qu'une stratégie claire n'existe.
Dempsey interroge crûment l'opinion publique : faut‑il que la vie d'un citoyen serve les humeurs d'un dirigeant ? Ce genre de question revient souvent dans les discussions entre vétérans, tout comme le sentiment d'être traités parfois comme de la « chair à canon » quand la politique change vite et sans explication claire.
Incertitude et anxiété dans les rangs des réservistes
Ces derniers jours, Cynthia Kao, ancienne réserviste de l'US Air Force, a reçu de nombreux appels d'anciens collègues. L'anxiété est palpable. Plusieurs réservistes craignent d'être déployés sans préparation adéquate, ou d'être utilisés comme boucliers humains pour des objectifs politiques qui ne leur parlent pas.
« Je ne crains pas de mourir pour mon pays », a entendu Kao. « Ce que je crains, c'est de mourir pour quelqu'un qui a ses propres intérêts. » Ces mots résument bien la colère froide et la fatigue morale qui traversent beaucoup d'anciens soldats aujourd'hui.
Le ministère de la Défense n'a pas répondu aux demandes de commentaire.
Conclusion
En bref, pour ceux qui ont connu les déploiements en Irak et en Afghanistan, la escalade autour de l'Iran fait écho à des erreurs passées. Leur message, sobre mais pressant : avant d'envoyer des gens au combat, il faudrait d'abord définir clairement pourquoi, et surtout, comment on compte gérer les conséquences.