Pourquoi tout le monde parle d’OPT maintenant ?

OPT, c’est ce petit passeport professionnel pour les étudiants internationaux : après leurs études, ils peuvent travailler aux États-Unis dans leur domaine pendant 12 mois. Pour les étudiants en STEM, il y a eu des extensions successives, d’abord jusqu à 24 mois, puis élargies à 36 mois dans les évolutions réglementaires.

Qui veut changer les règles ?

Le gouvernement de Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait supprimer OPT dans le cadre d’une politique plus large visant à restreindre certaines formes d’immigration légale. Cette pression a poussé deux représentants de Californie, Sam Liccardo (D) et Jay Obernolte (R), à déposer un projet de loi pour codifier OPT, c’est-à-dire l’inscrire clairement dans la loi afin de le protéger contre des suppressions administratives.

Ce que propose le projet de loi

Le texte vise à fixer par la loi le fonctionnement du programme : période standard de 12 mois après le diplôme, avec les extensions prévues pour les filières STEM. L’objectif déclaré des auteurs est de stabiliser un mécanisme qui facilite la transition entre le visa étudiant (F-1) et les visas de travail, comme le H-1B.

Les chiffres importants

  • Entre 2006 et 2022, 56 % des étudiants arrivés avec un visa F-1 ont utilisé OPT.
  • En 2024, 165 524 étudiants ont participé au STEM OPT selon les statistiques officielles.
  • Les doctorants STEM sont les plus enclins à rester via OPT, avec environ 76 % de participation parmi les titulaires de PhD.

Un programme créé sans loi et souvent élargi

OPT a été mis en place en 1992 par l’administration du président George H.W. Bush, sous l’autorité de l’époque (INS). Ce programme n’est pas le résultat d’une loi du Congrès, il relève de régulations administratives et est aujourd’hui géré par USCIS (l’agence des services d’immigration). Historiquement, les réglementations ont plutôt élargi OPT qu’elles ne l’ont réduit.

Pourquoi certains veulent le supprimer

Des groupes favorables à des restrictions migratoires critiquent OPT en affirmant qu’il exerce une pression sur les salaires des travailleurs américains. La nomination de Joseph B. Edlow à la tête d’USCIS, confirmé par le Sénat, a ravivé les inquiétudes car il a déclaré vouloir mettre fin au programme, qualifiant son administration de "mal gérée" et exprimant l’intention de retirer certaines autorisations d’emploi après la fin des études.

Procédures judiciaires et réactions du monde universitaire

Le programme a déjà été contesté en justice. En 2014, le Washington Alliance of Technology Workers a attaqué le DHS après une extension de STEM OPT, contestant aussi l’autorité de l’administration pour créer ce programme. En 2019, plus d’une centaine d’établissements d’enseignement supérieur ont averti qu’un abandon d’OPT compliquerait leur capacité à attirer des étudiants internationaux, alors que la concurrence mondiale pour ces étudiants est forte.

Les enjeux pour l’économie américaine

Les défenseurs de l’OPT, dont les cosignataires du projet de loi, insistent sur l’importance de retenir des talents formés aux États-Unis. Leur argument : renvoyer ces diplômés chez eux, c’est souvent les voir créer ou renforcer des entreprises étrangères qui concurrenceront les acteurs américains, notamment dans des domaines stratégiques comme l’énergie ou la biotechnologie.

Où en est-on aujourd’hui ?

Il n’y a pas encore eu de suppression effective d’OPT, même si des annonces et rapports ont évoqué la possibilité d’une règle visant à restreindre le programme. Entre-temps, l’administration a pris d’autres mesures visant à limiter certaines formes d’immigration, comme une augmentation significative des frais liés au H-1B et des restrictions de voyage affectant plusieurs pays. Le projet de loi bipartisan cherche donc à verrouiller OPT avant qu’une nouvelle régulation n’en change le statut.

En résumé, il s’agit d’un bras de fer entre une administration qui envisage de restreindre un mécanisme administratif et des élus des deux bords qui veulent fixer ce mécanisme par la loi pour protéger l’accès aux talents étrangers formés aux États-Unis.