Un panel qui ne dressait pas un tableau rassurant

Lors d'une discussion organisée pendant le CPH:Conference, partie du festival CPH:DOX à Copenhague, des spécialistes se sont penchés sur les effets sombres des technologies modernes. Kamal Sinclair animait la table ronde qui réunissait réalisateurs, diplomates et artistes préoccupés par les risques numériques.

Le film Molly vs the Machines et la tragédie personnelle

Le réalisateur Marc Silver a présenté son documentaire Molly vs the Machines, qui raconte l'histoire d'une adolescente anglaise de 14 ans, Molly, qui s'est suicidée après des interactions avec son téléphone. Le film met en lumière la réaction d'un père déterminé à comprendre comment des plateformes et des algorithmes ont pu contribuer à cette issue.

Silver a résumé l'enjeu de façon directe : « Ça a une omniscience quasi divine, alors que nous n'en savons rien. » Il a aussi insisté sur l'idée d'efficacité technologique qui a « donné à Molly ce qu'elle voulait et l'a poussée vers la mort. »

Techplomacy et la voix d'une diplomate connectée

Anne Marie Engtoft Meldgaard, ambassadrice danoise pour la technologie et protagoniste du documentaire Techplomacy réalisé par Susanne Kovacs, a rappelé que l'IA peut produire des « conséquences imprévues » et qu'il est urgent d'ouvrir une discussion sur les risques.

Selon Meldgaard, le développement de l'IA se joue aussi sur un terrain de rapports de force : « En fin de compte, il s'agit de puissance militaire », a-t-elle dit, en pointant la compétition géopolitique entre les États-Unis et la Chine. Elle a ajouté une mise en garde claire : « Nous vivons à une époque de prédateurs. »

Pragmatique, elle a proposé une piste simple : retrouver des alternatives analogiques significatives pour contrer l'omniprésence des services numériques disponibles en continu.

Autres voix du panel

  • Anna Engelhardt, artiste vidéo, a présenté son travail qui explore les séquelles matérielles de la violence et leur représentation à l'écran.
  • Julia Kloiber, cofondatrice de SUPERRR, une organisation féministe pour des futurs numériques inclusifs, a insisté sur la possibilité d'autres récits : « L'IA n'est pas inévitable », a-t-elle affirmé, appelant à imaginer et construire des alternatives.

Ce qui ressort

Le message principal de la rencontre était clair et sans fioritures : la technologie n'est pas neutre, ses effets peuvent être graves, et les décisions publiques et privées comptent. Entre films documentaires qui pointent des cas concrets et actions diplomatiques qui cherchent des cadres de régulation, le débat à Copenhague a montré qu'il faut parler des risques, définir des responsabilités et envisager des solutions tangibles.