Quelques mois seulement après son arrivée à la mairie, l'administration Mamdani se retrouve coincée entre ses promesses publiques et la réalité d'un budget trop juste. Des revendications appuyées pendant la campagne, un climat favorable aux syndicats et des réserves financières réduites constituent un cocktail qui promet des discussions difficiles cet été et au-delà.

Pourquoi le maire a affaibli sa marge de manœuvre

Pendant sa campagne, Mamdani a proposé d'augmenter le salaire minimum de la ville à 30 dollars de l'heure d'ici 2030. Il a aussi pris position aux côtés d'infirmières en grève, qui ont finalement obtenu une hausse de 4 pour cent. Et il a promis une refonte importante de la façon dont la ville délivre ses services. Autant d'éléments qui donnent aux syndicats des arguments solides avant même l'ouverture des négociations.

Le calendrier et le mécanisme des négociations

Le processus commence cet été, alors que le contrat du plus grand syndicat public de la ville arrive à expiration en novembre. La ville utilise une méthode connue sous le nom de pattern bargaining. Concrètement, la première entente négociée, souvent avec un syndicat important comme DC 37 qui représente environ 90 000 travailleurs, sert de modèle pour les accords suivants. Les agences qui ont des uniformes suivent généralement une piste séparée.

Conséquence comptable

  • La loi oblige le maire à adopter un budget avant le début des véritables négociations. Les coûts des accords salariaux sont donc souvent ajoutés après coup.
  • La ville a mis de côté une réserve destinée à couvrir une hausse salariale annuelle de 1,25 pour cent, mais les augmentations réelles seront très vraisemblablement supérieures.

Combien ça coûte ?

Historiquement, les augmentations se situent entre 2 et 3 pour cent. Avec environ 300 000 employés municipaux, même un petit pourcentage représente beaucoup d'argent. Chaque point de pourcentage d'augmentation ajoute généralement entre 500 et 600 millions de dollars aux dépenses, et ce montant s'accumule année après année.

Autrement dit, le plan de dépenses actuel de Mamdani risque d'être déficitaire de plusieurs centaines de millions de dollars. Et comme il a déjà défendu publiquement des hausses ou des positions favorables aux travailleurs, la pression pour des revalorisations importantes sera forte.

Contexte fiscal et posture politique

La situation fiscale est compliquée. Des pratiques budgétaires antérieures ont laissé des trous dans les comptes. Mamdani a puisé dans les réserves, ce qui a poussé plusieurs agences de notation à revoir leurs perspectives pour New York. Il a aussi proposé une hausse de la taxe foncière pour éviter des coupes de services, proposition que le Conseil municipal a rejetée et que le maire ne semble pas déterminé à poursuivre de manière énergique.

Un conseiller de la ville qui connaît bien le dossier résume la chose ainsi. Selon Bob Linn, ancien responsable du bureau des relations de travail et aujourd'hui consultant, il faudra trouver un équilibre entre les revendications légitimes des travailleurs, les objectifs de la nouvelle administration et la protection des contribuables.

Le précédent des infirmières et l'effet d'entraînement

Au début de l'année, l'Association des infirmières de l'État de New York a mené une grève pour obtenir de meilleurs salaires. Mamdani est monté sur scène avec elles et a même pris la parole aux côtés du sénateur Bernie Sanders. Le contrat obtenu prévoit une hausse de 4 pour cent. Pour les syndicats municipaux, c'est une référence évidente.

« Voilà la base », explique un ancien adjoint au maire familier du processus. « Maintenant le syndicat municipal peut dire : regardez, ils ont obtenu quatre pour cent. »

La proposition de porter le salaire minimum à 30 dollars crée un autre point sensible. Beaucoup d'employés municipaux gagnent seulement un peu plus que le salaire minimum actuel. Relever le plancher provoque donc une cascade de hausses pour les groupes de salaires supérieurs.

Complexité des demandes et pistes d'économie

Henry Garrido, président de DC 37, rappelle que la situation est compliquée. Les travailleurs municipaux bénéficient d'une rémunération totale qui inclut des avantages comme l'assurance maladie. Cela veut dire que leurs demandes ne se traduiront pas forcément par les mêmes pourcentages que celles des infirmières ou des travailleurs du privé. DC 37 prévoit d'interroger ses membres pour définir les priorités avant de négocier.

Garrido et d'autres syndicats évoquent aussi des économies possibles. Ils citent des réformes des contrats d'assurance ou des changements dans la manière de rendre les services comme leviers pour compenser une partie des coûts salariaux. Ana Champeny, de la Citizens Budget Commission, insiste sur l'importance d'utiliser des gains de productivité pour financer toute hausse au-delà de la réserve dédiée. Elle rappelle qu'autrefois, une modification des effectifs sur les camions de ramassage a permis d'économiser beaucoup d'argent.

Un climat favorable aux syndicats

Cette année est globalement favorable aux syndicats. La gouverneure de l'État a montré une certaine sympathie aux demandes syndicales, et certains syndicats espèrent profiter d'augmentations obtenues au niveau de l'État pour négocier des revalorisations similaires dans la ville. Par exemple, le syndicat des transports espère obtenir jusqu'à 5 pour cent si des accords comparables se concrétisent ailleurs.

John Samuelsen, dirigeant syndical, conseille d'attendre l'issue des négociations d'État avant de tirer des conclusions. En attendant, la mairie va devoir jongler entre promesses publiques, capacité financière limitée et attentes élevées des travailleurs.

Conclusion

Le défi de Mamdani est simple à énoncer et difficile à résoudre. Il a pris des positions publiques qui rendent les compromis plus coûteux, tout en héritant d'une situation financière fragile. Les prochains mois vont montrer si la ville peut trouver des gains de productivité et des solutions de compromis, ou si le budget devra absorber des dépenses supplémentaires importantes.