Blizzard semble vouloir refermer le dossier Shadowlands
World of Warcraft: Shadowlands pourrait bien rester dans l’histoire du jeu comme l’une de ses extensions les plus mal accueillies. La réaction a été si mauvaise que Blizzard a fini par faire demi-tour, abandonner la trame en cours et propulser les joueurs cinq ans plus loin, sur les Îles aux Dragons, comme pour tourner la page à toute vitesse. Une méthode discutable, mais au moins cohérente avec l’envie manifeste d’oublier l’épisode.
Les reproches ne manquaient pas. Entre les tâches répétitives de fin de jeu, les longues périodes sans nouveau contenu et surtout son scénario, Shadowlands a essayé de faire entrer de force le Geôlier dans le grand récit de Warcraft. Le problème, c’est que le personnage n’avait rien de fascinant et que le public n’a pas mordu à l’hameçon. L’opération a surtout donné l’impression d’une tentative de retouche narrative assez laborieuse.
Sylvanas n’a pas arrangé les choses. Elle a massacré des milliers de elfes de la nuit, renié la Horde, tué Saurcroc et, d’après ce qui a été établi, été liée au Geôlier pendant des années, potentiellement depuis sa mort à la Citadelle de la Couronne de glace, à la fin de Wrath of the Lich King. Autrement dit, pas exactement le genre de rebondissement qui fait lever une salle d’applaudissements.
Une phrase qui sent la reprise en main
Dans le cinématique final du raid de March on Quel’Danas, Sylvanas ne fait pas grand-chose à part faire sursauter Xal’atath, qui n’a visiblement aucune envie de tenter un duel contre une reine banshee. Le moment le plus réussi, et de loin, reste surtout l’accolade de Vereesa, qui apporte enfin un peu de chaleur à une séquence sinon très occupée à froncer les sourcils.
Puis Sylvanas lâche cette phrase :
« Les Terres d’Ombre ne sont pas du tout ce qu’elles semblent être, je ne pourrai pas me reposer avant d’avoir découvert la vérité. »
Et là, difficile de ne pas y voir autre chose qu’un retcon, ou au minimum un soft retcon. En clair, Blizzard semble en train de reprendre une histoire mal reçue pour lui donner un autre sens, sans forcément admettre qu’elle a mal fonctionné dès le départ. C’est une vieille habitude du studio, après tout.
Pas totalement nouveau, mais quand même audacieux
On peut reconnaître un certain culot à Blizzard sur ce coup-là. En revanche, parler de grande rupture serait exagéré. Depuis presque dix ans, le studio repose largement sur le même réflexe narratif : sortir un elfe d’on ne sait où pour introduire une nouvelle menace cosmique. Nous voilà coincés dans un cycle de Windrunners, d’entités extraplanaires et de révélations à la lumière froide. À ce stade, Azeroth ressemble parfois moins à un monde vivant qu’à une salle d’attente pour apocalypse interdimensionnelle.
Cela dit, Blizzard n’a pas complètement ignoré les conséquences de Shadowlands. Un axe majeur de The War Within suit d’ailleurs Anduin sur le chemin du retour vers la Lumière, après que le contrôle du Geôlier a rompu son lien avec elle.
Mais sur le plan de la cosmologie, affirmer d’un bloc que le royaume des morts que les joueurs ont exploré n’était « pas du tout ce qu’il semblait être » reste un changement de taille. C’est assez gros pour éveiller la méfiance, mais aussi suffisamment intrigant pour retenir l’attention.
Et c’est sans doute là que réside le vrai intérêt de cette affaire. Les récits bancals mais sincères ont au moins une qualité rare : ils donnent envie de voir si quelqu’un peut encore les sauver. On ne sait pas si Blizzard réussira à recoller les morceaux, mais le chantier, lui, promet d’être intéressant.
Il faudra donc attendre de voir si le studio parvient à conclure proprement l’affaire, que ce soit à la fin de The Last Titan ou plus tard, lorsque l’histoire de Sylvanas sera éventuellement reprise après la saga Worldsoul.