Frappes sans préavis au cœur de Beyrouth
Des frappes israéliennes ont touché mercredi après-midi plusieurs quartiers commerciaux et résidentiels très fréquentés du centre de Beyrouth, sans avertissement préalable, quelques heures seulement après l’annonce d’un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël, soutenu par les États-Unis, et l’Iran.
Israël affirme que cet accord ne couvre pas son conflit avec le Hezbollah, groupe armé soutenu par l’Iran au Liban. Le médiateur pakistanais, lui, a indiqué le contraire. Les nuances diplomatiques continuent donc de faire leur petit effet pendant que les explosions, elles, restent parfaitement lisibles.
L’armée israélienne a présenté cette opération comme la plus vaste frappe coordonnée menée dans le conflit en cours. Selon elle, plus de 100 cibles du Hezbollah ont été visées en moins de dix minutes à Beyrouth, dans le sud du Liban et dans la vallée de la Bekaa, à l’est du pays.
Panique, fumée et sirènes
De grandes colonnes de fumée noire se sont élevées au-dessus de plusieurs secteurs de la capitale côtière. Des détonations ont couvert le bruit habituel de la circulation, jusque-là baignée par un ciel bleu. Des ambulances ont foncé vers des départs de feu.
Au moins un immeuble d’habitation a été touché. Des secouristes ont également fouillé des véhicules calcinés.
Le bilan humain restait incertain dans l’immédiat, mais plusieurs frappes ont eu lieu dans des zones commerciales très fréquentées, déclenchant la panique dans les rues.
L’armée israélienne a déclaré avoir visé des lanceurs de missiles, des centres de commandement et des infrastructures de renseignement. Elle a aussi accusé le Hezbollah d’utiliser des civils comme boucliers humains.
« L’État du Liban et ses citoyens doivent refuser l’enracinement du Hezbollah dans les zones civiles et l’accumulation de ses capacités d’armement », a indiqué l’armée dans un communiqué.
Israël frappe rarement le centre de Beyrouth depuis le début du dernier conflit Israël-Hezbollah, le 2 mars, mais continue régulièrement de viser le sud et l’est du Liban, ainsi que la banlieue sud de la capitale.
Le Hezbollah temporise, mais pose ses conditions
Avant cette nouvelle salve de frappes, un responsable du Hezbollah a déclaré que le mouvement donnait une chance aux médiateurs d’obtenir un cessez-le-feu au Liban, tout en ajoutant qu’il n’avait pas annoncé son adhésion à la trêve, « puisque les Israéliens ne la respectent pas ». Il a parlé sous couvert d’anonymat, n’étant pas autorisé à s’exprimer publiquement.
Ce responsable a également affirmé que le Hezbollah n’accepterait pas un retour au statu quo d’avant le 2 mars, lorsque l’armée israélienne menait quasiment chaque jour des frappes au Liban malgré un cessez-le-feu officiellement en vigueur depuis la fin de la dernière guerre ouverte entre Israël et le Hezbollah, en novembre 2024.
« Nous n’accepterons pas que les Israéliens continuent à agir comme avant cette guerre en ce qui concerne les attaques », a-t-il dit. « Nous ne voulons pas que cette phase se poursuive. »
Le Hezbollah avait tiré des missiles de l’autre côté de la frontière quelques jours après que les États-Unis et Israël eurent attaqué l’Iran, déclenchant une guerre régionale. Israël a répondu par des bombardements massifs sur le Liban, puis par une invasion terrestre.
Depuis, les frappes aériennes israéliennes ont fait plus de 1 530 morts au Liban, dont plus de 100 femmes et 130 enfants, selon les chiffres communiqués dans le texte. L’armée israélienne dit pour sa part avoir tué des centaines de combattants du Hezbollah. Plus d’un million de personnes ont été déplacées au Liban.
Des déplacés qui espéraient rentrer chez eux
Mercredi matin, après l’annonce du cessez-le-feu en Iran, de nombreuses personnes déplacées dormant sous des tentes dans les rues de Beyrouth et dans la ville côtière de Saïda ont commencé à rassembler leurs affaires en prévision d’un retour à la maison.
Puis le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que l’armée poursuivrait ses opérations au Liban.
Dans un vaste camp de déplacés installé sur le front de mer de Beyrouth, des familles déjà épuisées par ces déclarations contradictoires ont exprimé leur confusion et leur découragement.
« On n’en peut plus, dormir dans une tente, ne pas se doucher, vivre dans l’incertitude », a déclaré Fadi Zaydan, 35 ans. Avec ses parents, il s’apprêtait à rentrer dans la ville de Nabatiyé, dans le sud, avant que les propos de Netanyahu ne stoppent tout.
« Mais nous serons ciblés si nous rentrons chez nous », a ajouté Zaydan. Sa famille a finalement décidé d’attendre encore un peu, à Saïda, un peu plus près de son domicile.



