Une visite rare, et très chargée en symboles
La cheffe du principal parti d’opposition taïwanais, Cheng Li-wun, a profité d’un déplacement très médiatisé en Chine pour défendre l’idée d’un dialogue avec Pékin. Histoire de ne pas faire les choses à moitié, elle a aussi convoqué la mémoire de Sun Yat-sen, figure fondatrice de la République de Chine.
Mercredi, Cheng Li-wun, présidente du Kuomintang (KMT), a déposé une gerbe au mausolée de Sun à Nankin. Le geste est hautement symbolique, puisque cette ville fut autrefois la capitale de la République de Chine avant le repli du KMT à Taïwan en 1949, après la défaite face aux communistes de Mao Zedong.
Devant les caméras de la télévision taïwanaise, elle a affirmé que les valeurs centrales de l’idéal de Sun Yat-sen, selon lequel « tout sous le ciel est égal », reposaient sur l’égalité, l’inclusivité et l’unité.
Un appel à la réconciliation
« Nous devrions travailler ensemble pour favoriser la réconciliation et l’unité à travers le détroit [de Taïwan] et créer la prospérité et la paix dans la région », a déclaré Cheng.
Elle est la première dirigeante du KMT à se rendre en Chine depuis dix ans. Au cours de ce voyage, elle espère également rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping.
Un contexte politique très tendu
Cette visite intervient alors que les relations entre Taipei et Pékin restent particulièrement tendues. La Chine continue d’affirmer sa souveraineté sur Taïwan et refuse de dialoguer avec le président taïwanais William Lai Ching-te, qu’elle qualifie de « séparatiste ». Une manière pratique de fermer la porte puis de s’étonner qu’elle ne s’ouvre pas.
Les guerres en Ukraine, à Gaza et en Iran ont aussi ravivé les interrogations de nombreux Taïwanais sur la fiabilité des États-Unis, garant officieux de la sécurité de l’île, en cas de conflit avec la Chine.
Pour Wen-ti Sung, chercheur non résident au Global China Hub de l’Atlantic Council, cette inquiétude peut rendre l’idée d’un réchauffement avec Pékin encore attrayante pour une partie de l’électorat taïwanais.
« Si la présidente Cheng peut obtenir des photos cordiales avec Xi Jinping, le KMT peut utiliser cela pour soutenir que le dialogue est plus efficace que la dissuasion », a-t-il expliqué.
La défense au cœur des tensions internes
Cheng a présenté son déplacement comme une tentative de réduire les tensions. Cela n’a pas empêché le parlement taïwanais, dominé par l’opposition, de bloquer une proposition d’augmentation de 40 milliards de dollars du budget de la défense.
Dans son discours, elle a reconnu l’évolution démocratique de Taïwan, notamment l’héritage de décennies de loi martiale, la « Terreur blanche ». Elle a aussi salué le développement de la Chine continentale.
« De même, sur le continent, nous avons également vu et constaté des progrès et un développement qui ont dépassé les attentes et l’imagination de tous », a-t-elle ajouté.
À Taipei, le Parti démocrate progressiste, au pouvoir, a vivement critiqué la visite et accusé le KMT de nuire à la sécurité nationale. Son porte-parole, Wu Cheng, a estimé que si l ოპოზosition voulait vraiment la stabilité, elle devrait cesser de bloquer les dépenses militaires.
Aucune des deux parties ne reconnaît formellement le gouvernement de l’autre. Résultat, le dialogue reste fragile, lourdement politisé, et toujours prêt à se gripper au premier geste mal interprété.



