Cela peut sembler évident pour certains et incompréhensible pour d'autres, alors clarifions tout de suite: la disparition d'Ali Khamenei est un coup très grave, mais elle n'a pas provoqué l'effondrement instantané du régime iranien.
Un système prévu pour survivre aux chocs
Penser que la chute d'un homme entraîne automatiquement la chute d'un État, c'est lire l'histoire en version simplifiée. La République islamique n'a pas été pensée comme la propriété d'un seul dirigeant. Elle repose sur un ensemble d'institutions religieuses, sécuritaires et administratives conçues pour maintenir la continuité même en cas de crise profonde.
Le mécanisme constitutionnel
La constitution iranienne anticipe la vacance du pouvoir. L'article 111 prévoit qu'un conseil provisoire prend temporairement les pouvoirs du Guide jusqu'à ce que l'Assemblée des Experts désigne un successeur. Après l'annonce de la mort du Guide, ces pouvoirs ont été transférés à un conseil de trois personnes: le président Masoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire Gholam-Hossein Mohseni-Eje'i, et un membre du Conseil des Gardiens, Alireza Arafi.
La désignation du nouveau Guide revient à l'Assemblée des Experts, composée de 88 membres. Cette procédure joue le rôle d'un protocole de survie, elle aide le système à fonctionner au moment du plus grand choc.
Trois couches de pouvoir
Le régime tire sa résilience de trois couches distinctes. Les décrire aide à comprendre pourquoi la disparition du chef n'entraîne pas automatiquement la disparition du régime.
- La légitimité religieuse, incarnée par la figure du Guide, l'Assemblée des Experts et le Conseil des Gardiens. C'est le statut doctrinal qui dit qui a le droit d'être à la tête.
- Le secteur sécuritaire et militaire, dominé par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, nommé IRGC. Ce n'est pas une armée classique, c'est l'ossature du système.
- La bureaucratie politique, c'est-à-dire le gouvernement, la présidence, la justice et les appareils administratifs et économiques qui assurent le fonctionnement quotidien de l'État.
Pourquoi l'IRGC est décisif
Parmi ces couches, c'est l'IRGC qui joue le rôle le plus déterminant. Après l'assassinat et les pertes liées au conflit, l'IRGC a renforcé sa mainmise sur les décisions internes, la sécurité et les réseaux économiques et d'influence. Ce corps possède une structure opérationnelle qui peut continuer à fonctionner même si les figures supérieures sont affaiblies.
Autrement dit, le coup a touché la tête, mais pas les capacités d'action du reste du corps politique.
Raisons pour lesquelles le régime tient, au moins pour l'instant
- Il existe une procédure constitutionnelle claire pour gérer la vacance du pouvoir.
- Les institutions sécuritaires et administratives sont conçues pour assurer la continuité.
- L'IRGC peut centraliser et diriger la réponse en temps de guerre, ce qui réduit le risque d'effondrement instantané.
Les signes d'une vulnérabilité accrue
Ne pas s'effondrer ne veut pas dire être indemne. Plusieurs facteurs montrent que le régime sortira affaibli et plus fermé:
- Le conflit et les pertes militaires exposent et aggravent des divisions internes, notamment entre la ligne durcie proche de l'IRGC et une tendance moins radicale liée au président Pezeshkian.
- Certains religieux conservateurs ont fait pression pour accélérer le choix d'un nouveau Guide, signe d'inquiétude face à un pouvoir temporairement partagé.
- Le scénario le plus plausible est l'élévation de Mojtaba Khamenei, fils du défunt Guide, une option qui, si elle se confirme, laissera le régime intact mais plus répressif et plus centré sur la sécurité.
Conclusion: survie à un prix élevé
En résumé, le régime iranien ne paraît pas destiné à s'effondrer rapidement à la suite de cet assassinat. Il a des mécanismes de continuité et un appareil sécuritaire capable de maintenir l'ordre. Mais la survie a un coût. Le pays risque de devenir plus fermé, plus dépendant de l'IRGC, et moins tolérant envers l'opposition. La flexibilité politique disponible avant la crise risque de disparaître, remplacée par une rigidité qui protège à court terme et fragilise à long terme.
Note: Les analyses présentées ici reflètent une lecture des institutions et des dynamiques internes du régime, et visent à expliquer pourquoi un choc grave ne produit pas toujours un effondrement instantané.