Une nouvelle étape très attendue pour JoJo
JoJo’s Bizarre Adventure: Steel Ball Run faisait partie des sorties les plus surveillées de la saison d’anime du printemps 2026. Et pour une fois, l’attente ne venait pas seulement du nom de la franchise. Ce chapitre ouvre un nouveau pan de l’histoire : l’action quitte la continuité des parties précédentes pour se dérouler aux États-Unis, dans une réalité alternative, au XIXe siècle, autour de Johnny Joestar. À partir de là, les parties suivantes se concentrent sur les descendants de Johnny.
Le projet avait donc tout pour rassurer les débutants autant que les fans de longue date. Sur le papier, c’était même l’un des gros morceaux de la saison, aux côtés de l’arc Elbaf de One Piece. Sur le papier, bien sûr. Parce que Netflix a depuis trouvé le moyen de transformer l’enthousiasme en débat logistique. Un talent très particulier.
Pourquoi JoJo est devenu un phénomène
JoJo’s Bizarre Adventure est un manga publié depuis près de 40 ans. Au Japon, c’est une institution, lue et aimée par plusieurs générations. L’anime de David Production a ensuite permis à la série de toucher un public plus jeune et de sortir peu à peu du cercle des initiés.
Avant cette adaptation, la franchise avait déjà connu plusieurs tentatives animées :
- une OVA de 6 épisodes au milieu des années 1990, centrée sur la seconde moitié de Stardust Crusaders ;
- une OVA de 7 épisodes au début des années 2000, consacrée à la première moitié de cette même partie ;
- un film Phantom Blood en 2007, jamais édité en vidéo domestique, même au Japon.
En 2012, David Production lance une nouvelle adaptation télévisée. À l’époque, le streaming mondial n’est pas encore le centre de gravité de l’industrie. Le premier vrai relais international arrive en 2014, quand Crunchyroll diffuse Stardust Crusaders en simulcast. Dans la foulée, les parties précédentes rejoignent aussi la plateforme, puis l’anime finit par passer sur Toonami, chez Adult Swim.
Le rendez-vous du vendredi a porté la série
Les saisons de JoJo ont longtemps bénéficié d’un rythme simple et très efficace. Elles étaient diffusées à la télévision japonaise le samedi, en pleine nuit. Quelques heures plus tard, Crunchyroll mettait les épisodes en ligne dans plusieurs territoires, ce qui signifiait une sortie le vendredi après-midi ou le vendredi soir pour les États-Unis et une bonne partie du reste du monde.
C’est ainsi qu’est né le rituel des “JoJo Fridays”. Chaque nouvelle saison devenait un événement hebdomadaire, avec son lot de réactions, de théories et de messages sur les réseaux sociaux. Ce n’était pas juste du bavardage entre fans, c’était une part de la machine à faire grandir la série.
Et il faut bien reconnaître que l’anime a su capitaliser là-dessus. La qualité de l’animation, les choix de mise en scène et cette façon de pousser l’excès visuel jusqu’à en faire une esthétique à part entière ont transformé JoJo d’un titre culte un peu de niche en franchise beaucoup plus visible.
Pourquoi l’arrivée sur Netflix semblait être une bonne nouvelle
En 2021, l’annonce de l’exclusivité Netflix pour Stone Ocean a paru marquer un tournant. À ce moment-là, Netflix était déjà le plus gros service de streaming au monde. Et la pandémie avait encore renforcé l’usage des plateformes, pendant que beaucoup de chaînes réduisaient leur programmation.
Voir JoJo arriver sur un tel service donnait l’impression que la série changeait d’échelle. Comme si elle quittait définitivement le statut de trésor de connaisseurs pour entrer dans la cour des grandes licences mondiales. Pour beaucoup, c’était enfin la preuve que la franchise était devenue immense.
Le problème, c’est que Netflix n’a pas l’habitude de jouer au même rythme que les fans d’anime.
Le modèle Netflix a cassé le rythme de Stone Ocean
Avant la diffusion de Stone Ocean, certains espéraient encore une sortie hebdomadaire. Ce ne fut pas le cas. Netflix a choisi de diviser la saison en trois blocs :
- décembre 2021 pour la première salve ;
- septembre 2022 pour la deuxième ;
- décembre 2022 pour la dernière.
Au Japon, la diffusion télévisée a bien existé, mais elle est arrivée après le lancement mondial sur Netflix. Or Stone Ocean conclut l’histoire de l’univers original de JoJo.
Les résultats étaient solides au départ : première place au Japon, présence dans le top 10 mondial et dans de nombreux pays lors de la première semaine. Mais la série a rapidement quitté ces classements. De nombreux fans ont alors fait remarquer qu’une diffusion hebdomadaire aurait probablement entretenu la visibilité de l’anime plus longtemps, avec un effet de nouveauté prolongé et un rythme de commentaires soutenu sur les réseaux.
Pour eux, les JoJo Fridays ne relevaient pas seulement de la nostalgie. C’était un mécanisme essentiel à la montée en puissance de la franchise. En morcelant la saison, Netflix a privé les spectateurs de ce rendez-vous commun, celui qui permettait de suivre, de commenter et de disséquer chaque épisode en même temps que tout le monde. Un petit détail, apparemment. Le genre de petit détail qui change tout.
Steel Ball Run arrive avec un planning encore plus étrange
Le cas de Steel Ball Run devait justement corriger cela. Beaucoup de fans espéraient que Netflix finirait par adopter un format hebdomadaire, surtout après certains essais concluants sur d’autres animes comme Dandadan et Dragon Ball DAIMA.
Puis la date est tombée : le 6 mars 2026, un vendredi. Les fans y ont vu le retour des JoJo Fridays. L’espoir, ce vieux réflexe dangereux.
Sauf que l’épisode 1 est arrivé sous la forme d’un spécial d’une durée équivalente à deux épisodes. Puis plus rien de clair. Netflix n’a pas donné de date précise pour la suite, avant d’annoncer pendant AnimeJapan que la “seconde partie” sortirait en 2026, sans fenêtre plus détaillée.
Les fans s’attendaient au minimum à un bloc de 12 épisodes. Au lieu de ça, Netflix semble vouloir découper la série en petits morceaux, sans expliquer franchement sa méthode. D’où les questions, assez raisonnables au fond :
- tout le marathon va-t-il être découpé en épisodes spéciaux ?
- la suite arrivera-t-elle sous forme de vraie salve d’épisodes ?
- pourquoi annoncer si peu d’informations sur une série aussi attendue ?
Résultat : au lieu d’un lancement euphorique, la plateforme a surtout laissé de la confusion. Et chez une partie du public, une vraie irritation.
Une attente plus longue que prévu
Avant l’arrivée de Netflix dans l’équation, JoJo sortait en moyenne une nouvelle saison tous les deux ans :
- Phantom Blood et Battle Tendency en 2012 ;
- Stardust Crusaders en 2014 ;
- Diamond Is Unbreakable en 2016 ;
- Golden Wind en 2018.
La pandémie a sans doute perturbé le calendrier de Stone Ocean, sorti en 2021 mais probablement prévu à l’origine pour 2020.
Entre le dernier bloc de Stone Ocean et l’annonce de Steel Ball Run en 2025, trois ans se sont écoulés. Cela peut se justifier par la nature même de cette nouvelle phase, située dans une autre chronologie et une réalité parallèle. Mais certains fans soupçonnent aussi des négociations compliquées avec Netflix, voire avec d’autres partenaires de production.
Pour l’instant, la série reste visible et semble attirer l’attention sur la plateforme. Donc, d’un point de vue purement commercial, le modèle de Netflix n’est probablement pas un accident. Simplement, il ne sert pas exactement l’expérience que beaucoup de fans espéraient.
Il ne reste plus qu’à attendre la suite. Avec un peu de chance, elle arrivera avant que tout le monde ait fini de débattre du calendrier.