« Qui est ce foutu Tommy Shelby ? » C'est la question qui plane sur les premières minutes de Peaky Blinders : L'Homme Immortel, et honnêtement, c'est une question que l'homme lui-même semble avoir du mal à résoudre. Situé six ans après le final de la série, ce spin-off de long métrage retrouve le gangster iconique dans un état d'exil auto-imposé, terrassé dans un manoir en ruine, fumant de l'opium et tapant ses mémoires. Le traumatisme de la Première Guerre mondiale le hante toujours, et lorsque sa sœur Ada arrive avec des nouvelles d'un nouveau décès familial et d'une menace montante à Birmingham, la réponse de Tommy est glaçante de détachement : « J'ai une guerre à l'intérieur de ma tête. »

Mais le crime, comme on dit, a horreur du vide. En l'absence de Tommy, les Peaky Blinders se sont reformés sous un nouveau chef terrifiant : son fils illégitime, Duke, interprété avec une intensité féroce par Barry Keoghan. Duke est tout ce que son père était à son apogée — impitoyable, ambitieux et brutal — mais sans l'étincelle de conscience qui retenait parfois la main de Tommy. Il dirige les rues comme si « c'était 1919 à nouveau », un rappel direct aux origines d'après-guerre du gang, et crée un problème majeur pour Ada, qui est désormais députée essayant de nettoyer la ville.

L'intrigue s'accélère lorsque Duke est approché par Beckett, joué par Tim Roth, un trésorier de l'Union britannique des fascistes qui collabore avec les nazis pour déstabiliser l'économie britannique en la submergeant de fausse monnaie. Le prix de la part de Duke ? Il doit assassiner sa tante Ada. Cela prépare le terrain pour le conflit central du film : un drame père-fils aux accents œdipiens, enveloppé dans une course contre la montre pour stopper une trahison nationale.

Le réalisateur Tom Harper et le scénariste Steven Knight évitent intelligemment de s'enliser dans la mythologie de la série. Bien que des visages familiers reviennent et que l'iconique « Red Right Hand » de Nick Cave fasse une réapparition subtile et bienvenue, L'Homme Immortel fonctionne parfaitement comme une histoire autonome. Ses thèmes de famille, d'héritage, de confiance et de trahison sont universels, et le cadre des années 1940 en temps de guerre lui donne une sensation d'aventure pulp distincte, rappelant les classiques bandes dessinées pour garçons, avec même une touche de tension à la Sergio Leone dans sa confrontation finale.

Le film appartient véritablement à Cillian Murphy. Après avoir incarné Tommy Shelby pendant plus d'une décennie sur 36 épisodes, Murphy trouve ici de nouvelles nuances au personnage. C'est un Tommy usé par le chagrin, la culpabilité et l'opium, mais Murphy apporte une émotivité brute et inattendue à sa performance. Le dispositif des mémoires — voir Tommy taper à sa machine à écrire même sur une péniche en mouvement — pourrait frôler l'absurde, mais il sert à souligner un homme essayant, et peut-être échouant, de donner un sens à son propre mythe.

Son retour éventuel dans la mêlée, stimulé par une femme rom psychique nommée Kaulo (Rebecca Ferguson), est une leçon de maîtrise en puissance contenue. Le moment où il revient dans la taverne du Garrison, la moitié des clients ne le reconnaissent même pas, rendant la réémergence ultime de « le » Tommy Shelby d'autant plus puissante. Son alliance inconfortable et la bagarre brutale qui s'ensuit avec Duke — un combat mémorablement mis en scène dans une porcherie — est le cœur émotionnel et brut du film.

Pour les fans, c'est une extension satisfaisante et élégante du monde qu'ils aiment, à l'aise dans sa violence crasseuse et stylée. Pour les nouveaux venus, c'est un point d'entrée accessible dans un récit riche sur des hommes brisés et les héritages qu'ils détruisent et créent. En fin de compte, Peaky Blinders : L'Homme Immortel n'essaie pas de réinventer la casquette à lames de rasoir. C'est une pièce bien ficelée de pulp britannique qui sait exactement ce qu'elle est : une histoire sur la question de savoir si un père peut sauver son fils de devenir un monstre, ou s'il est déjà trop tard. Et avec Murphy aux commandes, il porte cette casquette très bien, en effet.